Photographe Suivi Chantier


Photographe Chantier Industriel : une "spécialité" ?

photographe Industriel

Self-portrait

Il y a quelques année la question suivante m'a été posée :

"Seriez-vous disponible pour venir sur notre site "X" ? C'est un important chantier industriel, nous recherchons un photographe suivi chantier pour reportage mensuel."

J'ai pris une grande respiration et que j'ai répondu calmement : "Oui bien sur... À quelles dates souhaitez-vous que j'intervienne ?"

Franchement, connaissez-vous beaucoup de photographes qui auraient dit : "Hmmm non, ça ne m'intéresse pas..." ?

 

Seule condition pour franchir ce pas décisif ? Identifier précisément le besoin du client et mettre en œuvre  le matériel adéquat pour livrer des photos à la hauteur de ce type de commandes. Le travail photographique spécifique à ce type de reportage m'a immédiatement passionné. Ce type de reportage photo est devenu depuis une spécialité. Voici donc un extrait de ma vie de photographe et quelques infos techniques.

Ce billet ne prétend pas livrer une méthode de travail de référence tel un modus operandi pour le "photographe suivi chantier" mais uniquement à donner des informations, notamment techniques sur ce qui caractérise le reportage industriel et la photo de suivi de chantier tel que je les pratique...

 

Photographie industrielle / Suivi de Chantier : quelle finalité ?

Samuel Moraud, photographe IndustrielLes photos issues des reportages sont la mémoire visuelle du chantier, ses mutations des fondations à l'inauguration.

Le "fond photographique" constitue une référence pour les entreprises qui disposent alors d'une banque d'image précieuse pour illustrer leur communication papier et/ou dématérialisée (site web, réseaux sociaux, rapport d’activité, fiches techniques, brochures, formation, exposition, bureau d'étude, locaux) ainsi que pour leurs partenaires, clients, fournisseurs etc...

Les photos peuvent être tirées par des labo pro sur Dibond ou papier pour accrochage au siège de l'entreprise ou lors d'évènements sur les espaces exposants dans les Salons spécialisés.

 

Description et "méthode" :

Photo architecture industrielle

Photo Architecture industrielle : heure bleue.

Un travail technique et de précision qui requiert de la rigueur, une vigilance permanente ainsi qu'une grande communication avec des clients très exigeants.

Les reportages sont conditionnés par un cahier des charges le plus précis possible qui va déterminer point par point les besoins du client.

Préparation avec plans de masse, si possible des projections d'architecte et divers outils permettant d’appréhender à l'avance quelles seront les meilleures heures pour les prises de vues en fonction de l'éclairage naturel sur les volumes.

Point météo : Si la pluie est rarement un facteur bloquant, le vent peut engendrer le report de certaines opérations : grutage par exemple. Ça permet aussi de prévoir une tenue adaptée et d'éventuelles protection "intempéries" pour le matériel le jour du reportage. Contact permanent avec les ingénieur d'affaires, chefs de projets et chefs de chantier pour confirmation.

 

Matériel : des points communs avec la photographie d'architecture.

Boitiers : numérique, plein format 24x36 + boitier d'appoint ? ex : timelapse.

Optiques : un seul impératif ? travailler avec des objectifs de qualité et/ou disposant d'une grande ouverture (exemple : série L chez Canon, optiques ouvrant à f/1.2, f/1.4...) utilisés chacun en fonction du type de photographie à réaliser.

Vues d'ensemble, extérieures et/ou intérieures ? utilisation d'objectifs grand-angle ou ultra-grand-angle.

Portraits, plan serrés et vues de détails ? 35mm, 50mm à 200mm (voir plus), objectif macro.

©Canon - TS-E 17mm f/4L

Parmi les "outils" indispensables il en est un très particulier qui permet des prises de vues spécifiques et typique à la photographie d'architecture, c'est l'objectif à bascule et décentrement (ex : Canon 17mm ou 24mm TS-E) permettant, entre autres, de redresser optiquement les lignes fuyantes par exemple lorsque qu'un bâtiment est pris en contre-plongée ou plongée.

L'utilisation de "filtre vissant" ou sur porte-filtre est également intéressante dans beaucoup de situations ? filtre gris neutre ( filtre ND), filtres ND gradués (LEE filters), filtres polarisants circulaires (ciel, reflets, eau...).

Vidéo ? tête vidéo fluide, barre de travelling, écran de contrôle externe (HDMI), micro externe si besoin de prise son directe. À noter que là aussi les filtres, en particulier les filtres ND sont indispensables pour compenser le "shutter-speed" imposé au 1/50e surtout si l'on souhaite pouvoir travailler à grande ouverture en pleine lumière.

Photo sphérique et visites virtuelles ? tête panoramique, grand angle (Canon 16-35mm L) et bien sur fisheye EF 8-15mm Canon.

Utilisation d'intervalomètres pour la réalisation de timelapses sur des opérations de levage/grutage par exemple.

Le stock de cartes mémoire haute vitesse et grosse capacité (Lexar Pro 1000x 32Go) ainsi qu'une batterie de batteries (lol) sont nécessaires. Sécurité très appréciable : possibilité d'enregistrer les images simultanément sur 2 cartes, pour le cas où (c.f : Canon 5D MarkIII) !

Le liste modifiable fonction du besoin, ponctuel ou régulier : Téléobjectif, Rotule panoramique, filtres dégradés, filtres neutres (pause longue), Macrophoto etc... sans oublier un ou plusieurs sacs photo. Le petit format est très utile pour les lieux exigus et les dos mal fichus ;)

Un ou plusieurs trépieds robustes et stables (même en carbone, ils sont souvent bien trop lourds) accouplés à la Rolls des rotules : FLM.

 

Un peu de technique :

Samuel Moraud, photographe IndustrielJe travaille exclusivement en RAW pour conserver le maximum de puissance lors du post-traitement.

Beaucoup, pour ne pas dire la majorité des PDV sont faites en mode manuel et mise au point manuelle et/ou hyperfocale, en particulier avec le Canon EF 17mm TS-E qui ne possède pas d'AF. L'utilisation du Live View est un atout précieux permettant un assez bon contrôle sur la MAP ainsi qu'un aperçu assez fiable de l'exposition.

Balance des blanc, utilisation d'une charte de gris et contrôles ponctuels de l'histogramme après PDV pour garder une bonne maîtrise de ce que pourra être le résultat final.

Travailler (si nécessaire) en "exposant à droite" pour bénéficier d'une marge de manœuvre plus grande lors du post-traitement.

Prises de vue à l'aube (heure bleue *) et à l'heure dorée (golden hour). * Appelée également "heure magique" la lumière diffuse à cet instant là est douce et ne projette pas d’ombres dures et marquantes. Voir paragraphe : "outils et applications".

Bracketting et HDR ? Très ponctuellement. Veiller à opérer une post-production légère et faire en sorte que la photo ne soit pas identifiable uniquement en tant que "photo HDR", dénaturée par un effet surréel trop marqué.

Beaucoup de PDV fixes : prise de vue à faible ouverture et/ou conditions de basse lumière + sensibilité ISO basse = trépied(s).

PDV à main levé : Certaines opérations, "hommes au travail", action, nécessitent d'être réactif et de shooter à la volée.

Sensibilité ISO : Les boîtiers actuels permettent de travailler avec des sensibilités élevées, jusqu'à 3600 iso sans aucun problème voir 6400 iso.

Quelques objectif de terrain très appréciables pour la PDV en basse lumière (entre autres) ?

PDV dans espaces confinés : il est parfois impossible de prendre le recule nécessaire pour shooter l'ensemble du sujet. Quelques solutions :

  • Solution #1 : travail au Grand-angle ou Ultra Grand-Angle, boitier sur trépied avec un écran déporté pour pouvoir le positionner dans l'angle le plus éloigné possible du sujet. Post-traitement avec correction de distorsion si besoin.
  • Solution #2 : Travailler avec une rotule panoramique et multiplier des PDV puis les assembler logiciellement en post-production.
  • Solution #3 : Réaliser une visite virtuelle (photo sphérique intégrale). Bien qu'étant un vue à 306°, la photo finale est imprimable mais plus adaptée à la mise en ligne ou pour présentation dynamique sur écran et surtout sur tablette avec la fonction Gyroscope.
  • Solution #Bonus ? Fisheye". Peut couvrir quasiment 180° (c.f : 8-15mm Canon) de champ est envisageable. Si ce type de focale à un gros potentiel créatif elle génère également une trop très forte distorsion qui n'est que rarement souhaitée par le cahier des charges
 

Créatif ou technique : pas d'incompatibilité.

Photographe industrielDans la photo de chantier ou industrielle comme dans la photo dite d'architecture, travailler sur le flou est rarement une priorité et la recherche de la plus grande profondeur de champ est bien souvent requise.

Les PDV se font donc très souvent à moyennes ou petites ouvertures ? f/8 jusqu'à f/16 voir au delà et avec parcimonie pour limiter les problèmes de diffraction de de perte de netteté.

Pour contredire ce qui vient d'être évoqué précédemment, il faut parfois travailler à grande ouverture, soit par manque de lumière et/ou impossibilité de disposer d'éclairage, soit par choix délibéré et pour profiter des optiques lumineuses et de leur bokeh si particulier. Jouer avec le cadrage, isoler un sujet, oser le flou créatif, transgresser les règles et donner la touche "créative" aux photos : un plus à la communication des entreprises, activités et produits.

Photographe industrie Rhône Alpes

Faire de la photo plutôt que de faire des photos n'est pas un jeu de mot ou une subtilité, c'est aussi un des piliers du travail de photographe...

Si le coté technique imposé par certaines situation est indéniable, ça ne dois pas interférer avec la vision photographique.

L'obligation de résultat n'est alors pas incompatible avec ce qui caractérise un métier apparenté à une pratique artistique dès lors qu'un bon réglage ne saurait correspondre à une potentielle "belle image".

 

 

Développement photo ?

Un peu comme au temps de la photo argentique, c'est à ce moment là que les photos vont se révéler. Chaque reportage fait l'objet d'un post-traitement spécifique poussé : chromie, colorimétrie, photo HDR, assemblage panoramique, niveaux etc... La post-production photo fait partie intégrante de la photo numérique. Ci-dessous un exemple de traitement avec retouche et correction de "défauts".

Déplacez le curseur latéralement "clic maintenu" pour voir les effets du traitement sur la photo.

À gauche : image "brute" | À droite : image "traitée/retouchée"

 

Contraintes / dangers :

Si une bonne préparation du reportage est indispensable, cela implique une bonne connaissance des lieux de prises de vue.

Une check-list matérielle est donc indispensable pour être certain de ne rien avoir oublié une fois sur place. Au même titre que pour tout reportage finalement... Les conditions de prise de vue sont rarement faciles.

Un environnement potentiellement dangereux : les consignes de sécurité sont à respecter à la lettre, et l'attrait d'une bonne photo ne doit pas passer avant votre propre sécurité ? travail dans le bruit, la poussière, travail en hauteur (grue, échafaudages...) et risque de chute, lieux exigus et confinés, risque de chute de matériaux, exposition toxiques diverses, risques chimiques, risques de brûlures, brûlures de la cornée (soudure à l'arc), écrasement, coupures etc...

Des formations sécurité spécifiques (accueil sécurité) à chaque lieux sont généralement prévues et obligatoires avant entrée sur site. La tenue réglementaire minimum est composée d'un casque de sécurité, tenue renforcée, gilet haute-visibilité, chaussures de sécurités, lunettes et gants de protection.

 

Photo soudeur chantier industrielUne seule expérience (très) douloureuse vécue à ce jour : le fameux coup d'arc dans les yeux lors de prises de vue réalisées en plein mois d'aout sous une chaudière en phase d'assemblage, par une équipe de soudeurs.

Bien qu'ayant travaillé en mode Live View, l'utilisation d'un filtre ND pour des poses allongées une mise au point délicate ont motivé mes rétines à se poser, un cours instant, sur l'intense lumière des soudures...

Aucune douleur sur l'instant. La vraie "souffrance" vous réveille à 1h ou 2h du matin avec une sensation insoutenable de sable brulant dans le yeux... Fort heureusement se trouvaient 2 capsules de sérum physiologique et du paracétamol dans la trousse à pharmacie.

Depuis je veille scrupuleusement à ce que la sécurité passe avant une photo, même unique !

 

Expérience photographique :

Men at workLa photo industrielle et la photo de suivi de chantier sont une "école photo" très enrichissante.

Prises de vue basse lumière, poussière (beaucoup de poussière !), changements rapides et constants de luminosité, grand besoin de réactivité, lourd sac photo à transporter toute la journée, stress (parfois), attente, chaleur, humidité, travail en hauteur...

Différents interlocuteurs ? direction, architectes, chargé(e)s de communication, chefs de chantier, personnel en charge de la sécurité, contacts avec différents corps de métiers à "apprivoiser" ? portraits, plans d'action, photos d’exécution technique...

 
Nettoyage-capteur-reflex

Nettoyage capteur reflex

Le matériel est aussi mis à rude épreuve.

Savoir entretenir son matériel et nettoyer soi-même son capteur et indispensable. Le renouvellement du "parc matériel" est certainement plus fréquent que pour le photographe de portrait ou le photographe mariage... ;)

Les retours de reportages sont systématiquement suivis d'un nettoyage intégral des optiques, de la coque du boitier, des sacs photo et du photographe ;)

 

Résumer ce métier en 2 mots : "adrénaline" et "rigueur".

Photographie des chantiers et des hommes"Adrénaline" car si il arrive que certaines commandes soient moins "excitantes" que d'autres, et si la satisfaction n'est pas ce qui est à rechercher avant tout, je m'étonne souvent de prendre autant de plaisir à exercer ce métier, à chercher la bonne lumière, trouver le bon angle, rater une ou plusieurs photos et recommencer jusqu'à obtenir la prise de vue attendue...

"Rigueur" car c'est un résultat qu'on attend, de vous et de votre travail et si il est difficile d'être créatif à la demande, la créativité ne doit pas être "en option". Si une technique même rigoureuse, ne fait pas une bonne photographie, elle est indispensable pour ce type de reportage.

Garder un regard de débutant et éviter d'être trop sûr de soi comme un bon moyen de ne pas se figer. La photographie est un art à part entière et comme tout art, l'apprentissage n'a de limites que celle qu'on se fixe. La part du doute, la progression, les erreurs, la découverte, bien plus qu'un simple métier.

 

Quelques outils et applications :

Logiciels de travail pour photographe :

Applications smartphone/tablette pour photographe/vidéo :

  • Sunseeker | Appli : visualiseur de Réalité Augmentée 3D. Boussole à plat, trajectoire solaire et intervalle à l'heure, parcours de solstices d'hiver et d'été, heures de lever et de coucher. Un must-have pour préparer un reportage.
  • Magic Hour | Appli : La lumière au lever et au coucher du soleil ne ressemble à aucun autre moment de la journée. Elle est diffusée à travers l'atmosphère de la Terre et les ombres ont disparues. C'est ce qu'on appelle l'heure d'or ou heure magique. Photographes et cinéastes en quête de ce moment fragile, cet app est un incontournable et donne les laps de temps précis de ces instant à l'aube et au crépuscule...
  • DOFMaster | Appli : Calculez la profondeur de champ dans vos images. Calculez la distance hyperfocale pour la photographie de paysage.
  • Timelapse Helper | Appli : Application simple pour vous aider à calculer le temps de prise de vue nécessaires pour créer vos Timelapse.
  • LongTime Exposure Calculator : Vous shootez avec un filtre ND 6 Stop, 10 stop ou plus pour des poses vraiment longues ? Cet app est parfaite pour calculer précisément le temps de pose qu'il faudra selon la mesure d'exposition mesurée sans filtre.
Lire l'article dédié aux applications smartphone pour photographe.


Leave a comment